Comme l’a relevé Elie Arié, la Médecine est une question taboue, que les gouvernements n’osent guère aborder
1) Le modèle néolibéral et l’ancien modèle, chrétien
La logique néolibérale appliquée à la Médecine veut que ce qui guide le médecin soit le seul intérêt personnel. Comme cela ne suffit pas à soigner les gens, les Etats y ont ajouté une foison de lois et de règlements contraignants. Un modèle bancal.
La logique issue du christianisme qui prévalait auparavant, était basée sur une forme de don de soi, de vocation, de la part du médecin, qui d’une certaine façon était lui-même mis entre parenthèses, quasiment coupable d’exister, d’avoir une vie et des intérêts propres. Ce modèle avait assez bien fonctionné… à condition d’être riche au départ et de ne point avoir de soucis économiques, le médecin étant souvent à la tête d’une très petite PME avec des personnes qui l’aident pour diverses tâches annexes impossibles à assumer seule, si l’activité est importante.
2) Critique de ces modèles
Néolibéral : Face à un autre être humain qui souffre, qui est en grave danger, alors qu’on aurait soi-même les compétences pour le sauver, on est face à un problème éthique qui dépasse l’intéressement personnel : si cette personne n’a pas les moyens d’offrir une contrepartie à l’effort qui devra être consenti pour la tirer d’affaire, que va-t-on faire ? Au USA, les ambulances en sont à laisser mourir les gens au bord de la route ou les hôpitaux, à refuser l’admission à des personnes gravement malades. Pour la vaste majorité des êtres humains, pareil égoïsme néolibéral est sordide et inacceptable. De plus, la logique néolibérale de compétition inclut de nombreux aspects destinés à saboter la concurrence afin de s’imposer, ce qui est très inacceptable en médecine, où au contraire les humains doivent coopérer au mieux pour en guérir d’autres. Ce modèle paraît dès lors inapplicable. De même, privatiser des centres universitaires ne s’est jamais vu. Trop risqué. Il y a bien de brillants hôpitaux publics qui fonctionnent avec des fonds privés. Ce n’est toutefois pas dans une logique néolibérale, mais au contraire dans celle, d’un don, d’une charité, où des personnes très riches avaient créé une fondation, à l’instar de l’excellent Emory University Hospital à Atlanta (USA) http://en.wikipedia.org/wiki/Emory_University_Hospital
Chrétien : Tout le monde ne s’appelle pas Albert Schweizer http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Schweitzer et ne dispose souvent pas des ressources économiques suffisantes permettant de soigner gratuitement ses semblables. De plus, la logique chrétienne culpabilisante où l’être humain est déjà coupable de simplement exister (le pêché originel), est nocive. Elle est toxique, car elle va conduire à dénier les besoins fondamentaux de l’acteur principal : le médecin. Un médecin qui ne prend pas soin de lui-même, qui ne dort pas, qui vit dans une misère telle qu’il ne peut plus assurer sa formation continue, deviendra inévitablement médiocre. Quelque part, il a ce devoir de prendre aussi soin de lui-même. Ne serait-ce déjà que pouvoir soigner au mieux ses semblables !
3) Un modèle inédit, qui a le potentiel de sauver le socialisme
Du moment qu’il est nécessaire de prendre soin des autres et de soi-même, il y a cette solution qui vient de certains penseurs hindous et tibétains : le dépassement de soi-même ou l’universalisation de l’ego.
Chacun n’agit d’abord que pour soi-même. Nous avons tous cette composante fondamentale.
Mais on peut considérer plus moins vastes, les limites de ce que l’on considère « soi-même » On peut aussi les dépasser, les étendre.
Une mère de famille va le plus souvent considérer « soi-même » en termes de « moi et mes enfants » Un collaborateur d’une entreprise peut aussi s’y identifier totalement : son destin et celui de son entreprise ne feront qu’un. Ce peut être le cas d’un politicien qui s’identifie à son parti ou au destin de son peuple. De même, un médecin peut s’identifier aux personnes qui lui confient leurs souffrances et donner ainsi le meilleur de lui-même, aussi pour ceux qui lui confient leur vie.
Ce dépassement de l’égo est compatible avec l’idéal socialiste de fraternité et, par son universalité, aussi avec celui d’égalité. C’est d’autant plus remarquable qu’il inclut et dépasse la logique libérale d’intérêt personnel, du moment que soi-même a été largement dépassé vers une existence et une dignité plus universelle.
Je crois que ce concept est la clé qui pourrait rendre sa dignité au socialisme, après les échecs répétés du communisme et les ravages du néolibéralisme triomphant.
J’ai pensé qu’il était utile de vous en faire part
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